Les 20 dernières années du XVIIème siècle montrent une
véritable mode des contes de fées. Sorte de revanche contre le genre romanesque qui tend
de plus en plus à la prose et au réalisme. (Parallèle à faire avec Jacques Demy qui
dans le cinéma fait des films en-chantés, non réalistes, poétiques).
Ces contes vont à lencontre du rationnalisme. Le besoin dirrationnel et de
merveilleux va trouver un exutoire dans le conte de fées.
Les sources sont multiples : écrites (en Italie avec Basile par exemple qui engendra un
fort succès populaire pour les contes), orales (et Perrault reconnait les avoir
utilisées).
Dans Peau d'âne, on retrouve un thème existant dans plusieurs de ses
contes : le héros est handicapé au départ et souhaitera prendre sa revanche (Cendrillon,
Le petit poucet).
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Quelques
caractéristiques de ses contes :
- vision bien particulière de la femme. Elle se trouve au
centre de ses réflexions. Il la veut : belle, obéissante, bonne et dévouée.
- préoccupations morales : rien nest trivial, ni déplacé dans son écriture. Il
met en jeu généralement des princesses ou des jeunes filles susceptibles de faire un
mariage princier (on se situe dans les classes favorisées le plus souvent).
Il est vrai que par son statut (membre de lAcadémie Française, commis de Colbert,
contrôleur général de la surintendance des bâtiments du Roi), il côtoie plutôt les
hautes classes et affiche un certain mépris pour les classes populaires.
Daprès Marc Soriano, spécialiste des Contes de
Perrault, il semblerait que celui-ci ait mis en vers ce conte quil aurait entendu
(en version orale).
Dans ce conte, lâne représente à la fois :
- la source des richesses du Roi
- le sacrifice quil accepte pour sa passion incestueuse
- le déguisement de la princesse
Il y a une véritable fidélité au folklore qui repousse
les limites de la vraisemblance :
- le concours de beauté
- les trois robes
- la bague (le Prince sait parfaitement à qui elle pourra convenir)
Plusieurs cas dinvraisemblance dans le conte :
- le Prince sait parfaitement à qui appartient la bague et donc quid du concours de
beauté
- comment croire que cette simple peau dâne permettra à la Princesse de se cacher
?
On est ici dans le respect de la fidélité au charme du
Conte : la logique nest pas forcément respectée, on ne se préoccupe pas du
rationnalisme.
Un exemple de cela : la création de cet univers fantastique fonctionne sur
labolition du temps. Les fées savent tout du passé, du présent et de
lavenir.
Charles Perrault met en scène des femmes à lesprit malicieux dans ce conte.
Dès le départ, il semble sadresser aux enfants avec le "Il était une
fois" initial.
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Demy a fait de fort célèbres comédies musicales : Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, Une chambre en ville. (Comédie musicale : alternance de scènes dialoguées et chantées).
Il y a des relations très étroites entre ce film et celui
de Jean Cocteau La belle et la bête :
- entrée de la Princesse chez la Fée des Lilas,
- scène de ralenti lors de la fuite de Peau dAne,
- miroir permettant de voir ce qui se passe chez son père,
- Prince qui regarde par la fenêtre.
Le film de Jacques Demy a donc des références précises à celui de Cocteau en termes dimages : le miroir, les branches qui souvrent, les ralentis... mais aussi en termes de sons : Cocteau est cité par Delphine Seyrig (Cocteau est cité explicitement par lextrait de L'ode à Picasso). Le film entier et lidée dun "style féérique dans le réalisme" renvoient à La belle et la bête.
Références explicites aux gravures de Gustave Doré comme dailleurs dans La belle et la bête.
Gustave Doré
(Strasbourg, 1832 Paris, 1883), dessinateur, peintre et graveur français de style
romantique et dinspiration fantastique ; illustrateur fécond : uvres de
Rabelais, 1854; Balzac (Contes drolatiques, 1855); Dante (la Divine Comédie,
1861); Cervantès (Don Quichotte, 1863).
Le film détermine un monde crédible avec des logiques
réalistes, rationnelles dans le comportement des personnages (ex. : la Fée des Lilas
explique quelle peut laisser sa baguette puisquelle en a une de rechange chez
elle).
Il ny a par contre aucune volonté de réalisme historique : le Roi est tantôt à
la mode Charlemagne, tantôt Renaissance ; la Princesse est vêtue de robes Louis XV et le
Prince Charmant dun costume Henri II. Le cercueil de la Reine est vraisemblablement
de plastique.
Ce film fonctionne sur la confusion du réalisme et du merveilleux (ainsi en est-il de la
séquence avec larrivée de lhélicoptère).
La question de ladaptation
Demy part du conte retranscri en prose en 1781. Le film est
coincé dans le livre que lon ouvre et que lon referme en début et fin de
film. Ce film est donc explicitement placé sous le signe du livre.
La voix-off du narrateur est précisément fidèle au démarrage du récit dans le conte.
On se situe donc par limage dans le livre et par la voix-off dans le conte avec le
"Il était une fois" initial.
Demy a rajouté par rapport au conte des éléments féériques visuels :
- la chaumière qui scintille,
- la rose qui parle,
- la vieille qui crache des crapauds...
Ceci pour des raisons évidentes de mise en scène
cinématographique.
Quelques procédés cinématographiques montrent que lon est dans lunivers du
conte : ainsi les scènes de ralenti exprimant les difficultés de la fuite de Peau
dAne, référence à La belle et la bête
de Jean Cocteau, montrent aussi labsence de pesanteur renforçant lidée
dun univers féérique.
Il y a sans arrêt des lectures faites sur des livres à lintérieur même du film :
la recette, le mage expliquant au Roi que les petites filles demandent leurs pères en
mariage.
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Demy a beaucoup travaillé sur les différents personnages
du conte :
- la Fée des Lilas : véritable mère
spirituelle de Peau dAne. Elle voyage dans le temps : entre lunivers du
merveilleux et un univers plus réaliste (elle parle des "piles", elle débarque
en hélicoptère). Cest une héroïne moderne.
Par rapport à la question de linceste : dans le film, au départ, le roi ne voit de
sa fille que sa beauté. Seule la Fée pose linterdit, mais visiblement pour régler
une histoire quelle a eue avec le Roi. Elle a vraisemblablement eu une aventure avec
lui et sapprête à se venger de lui en le séduisant (cest le spectateur qui
sera chargé de le deviner). En deuxième lecture de ce film (le double scénario), il
semblerait que ce soit elle le personnage principal du film. Linceste na donc
pas lieu, non pas à cause dune question de morale, plutôt pour des raisons
individuelles. Lhistoire de ce fait bouscule bien les convenances, elle est quelque
peu immorale.
Ce personnage beaucoup plus ténu chez Perrault a ici un rôle essentiel qui est de gérer
les relations entre les personnages (dans le conte, le Roi se marie avec une Reine veuve).
Cest elle aussi qui restitue la poésie en vers de Charles Perrault par son
discours. Cest elle qui cache des éléments de lintrigue au spectateur.
Cest une fée qui défend beaucoup plus ses projets matrimoniaux que la pureté
morale de sa filleule. Ce personnage est interprété par Delphine Seyrig, féministe
très reconnue dans les années 70.
- lAne : il sert de rempart à la vertu
de la Princesse lorsquil est mort alors que vivant il est la source des richesses du
Roi.
- le Prince et Peau dAne ont des
attitudes symétriques : lui fait semblant dêtre malade lorsque sa mère rentre
dans sa chambre alors que la Princesse fait semblant de dormir.
Demy a comme parti-pris de montrer des femmes qui sont maîtresses du destin (ainsi en est-il de la Fée des Lilas et de Peau dAne) alors que chez Charles Perrault (dont la mysoginie était connue) elles étaient toujours belles et avenantes mais sans grande consistance psychologique.
Cest peut-être lhypothèse que jévoquerai : ce film nous parle plus de lépoque de son tournage que du conte de Charles Perrault. 1970 est un élément important à prendre en compte dans toute évocation de ce film (cest la période des mouvements féministes et de leurs revendications).
Dans ce film ce sont les femmes qui sont à la fois maîtresses du destin (cf Peau dAne et la Fée des Lilas) et qui font avancer laction (les décisions sont prises par la mère du Prince et seulement entérinées par le père après-coup).
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1 - Le film PEAU DANE est en fait un itinéraire :
celui dune Princesse qui va dun château à lautre en passant par une
cabane. Ce sont ces déplacements qui font démarrer et avancer laction. Peau
dAne sort dailleurs de sa cabane sous forme métaphorique (la bague).
Ainsi une piste pédagogique pourrait être de travailler sur les différents lieux du
film et leurs fonctions. Exemple : en fin de film, les trois couples formés se retrouvent
hors du château pour le grand déballage final.
2 - Autre question essentielle : le temps du récit. Cette notion se perd, se dilue lors de la fuite de Peau dAne dans sa cabane. Ce qui se traduit dailleurs dans le parcours de Peau dAne par lutilisation de ralentis qui déforment le temps du récit. Doù un travail envisageable sur la chronologie.
3 - Travail sur le merveilleux. Quelles images traditionnelles du conte retrouve-t-on ?
4 - Travail sur les robes. Fabrication dun objet : les costumes.
5 - Travail sur la bande-son et les photogrammes. Fonctionnement sur la mémoire.
6 - Réalisation dune affiche du film (ce qui en ressort en général est la couleur)
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"Je voulais avoir les deux côtés à vrai dire :
dune part , le sujet enfantin, merveilleux, ce qui plaira aux gosses et dautre
part, la vision adulte dun récit complètement pervers devant lequel le spectateur
se mettra ou non des illères selon son degré de puritanisme (...)
En France, nous sommes encore victimes de tabous. Certaines éditions du conte de Perrault
ont un texte expurgé. On remplace le degré de parenté du Roi par "beau-père"
alors quil sagit du "père". On assure une répression sur
lenfant par une censure des illustrations. Il y a donc falsification dun texte
par puritanisme."
A propos des couleurs : Jacques Demy revient des Etats-Unis où le pop art la
beaucoup fasciné. Lidée était de "voir les couleurs baver et éclater
partout". On est dans lesthétique de la Nouvelle Vague (Pierrot le fou,
Le mépris ...) qui vise à montre les couleurs primaires.
Critiques
On a reproché un film son coût trop élevé pour un film pour enfants. Cest
aujourdhui pour le cinéma un argument de vente (cf Le hussard sur le toit).
Certains ny ont vu quune illustration archétypale du conte de Perrault.
Ce film est considéré par certains comme un film sur la libération et à ce titre-là est évidemment très politique.
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| Conte | Film | Idées... |
| 1 Mort de la reine. Le roi apparait faible alors que la reine parait présomptueuse jusque devant la mort (Perrault semble vouloir régler quelques comptes avec les femmes : c'est à cause des femmes si les guerres se déchaînent, dit-il peu après | Atmosphère particulièrement poétique, voire de recueillement | |
| 2 - Le roi trouve l'infante fort belle et décide de l'épouser. | ||
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Générique
Mort de la Reine 347
Tableaux des différentes prétendantes 830
Arrivée de linfante chez la Fée des Lilas 1630 (parallèle
visuel avec La belle et la bête)
Discussion entre linfante et la Fée des Lilas 2325
Le miroir 39 (parallèle visuel avec La belle et
la bête)
Rencontre du Prince et de Peau dAne 43 (parallèle visuel avec La belle et la bête)
Séquence finale 8044
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Extrait n°1
(...)
"Trouvez bon, avant que je meure, que jexige une chose de vous ; cest
que, sil vous prenait envie de vous remarier..."
A ces mots, le roi fit des cris pitoyables, prit les mains de sa femme, les baigna de
pleurs et, lassurant quil était superflu de lui parler dun second
hyménée :
"Non, non, dit-il enfin, ma chère reine, parlez moi plutôt de vous suivre !
- LEtat, reprit la reine avec une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince,
lEtat doit exiger des successeurs et, comme je ne vous ai donné quune fille,
vous presser davoir des fils qui vous ressemblent ; mais je vous demande instamment,
par tout lamour que vous avez eu pour moi, de ne céder à lempressement de
vos peuples que lorsque vous aurez trouvé une princesse plus belle et mieux fait que moi
; jen veux votre serment, et alors je mourrai contente."
On présume que la reine, qui ne manquait pas damour-propre, avait exigé ce
serment, ne croyant pas quil fût au monde personne qui pût légaler, pensant
bien que cétait sassurer que le roi ne se remarierait jamais.
Enfin, elle mourut...
(...)
Extrait n°2
(...)
Chaque jour, on lui apportait des portraits charmants ; mais aucun navait les
grâces de la feue reine : ainsi il ne se déterminait point.
Malheureusement, il savisa de trouver que linfante sa fille était non
seulement belle et bien faite à ravir, mais quelle surpassait encore de beaucoup la
reine en esprit et en agréments. Sa jeunesse, lagréable fraicheur de son beau
teint, enflamma le roi dun feu si violent, quil ne put le cacher à
linfante, et lui dit quil avait résolu de lépouser, puisquelle
seule pouvait le dégager de son serment.
(...)
Extrait n°3
(...)
"Oh ! pour le coup, ma fille, dit-elle à linfante, nous allons mettre
lindigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entêté de
ce mariage quil croit si prochain ; mais je pense quil sera un peu étourdi de
la demande que je vous conseille de faire : cest la peau de cet âne quil aime
si passionnément et qui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion. Allez, et
ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau."
Linfante, ravie de trouver encore un moyen déluder un mariage quelle
détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se résoudre à
sacrifier son âne, vint le trouver et lui exposa son désir pour la peau de ce bel
animal.
(...)
Extrait n°4
(...)
Cependant elle entra dans une belle ville à la porte de laquelle était une métaierie,
dont la fermière avait besoin dune souillon pour laver les torchons, et nettoyer
les dindons et lauge des cochons.
Cette femme, voyant cette voyageuse si malpropre, lui proposa dentrer chez elle ; ce
que linfante accepta de grand cur, tant elle était lasse davoir tant
marché.
On la mit dans un coin reculé de la cuisine, où elle fut les premiers jours en butte aux
plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau la rendait sale et dégoûtante.
Enfin on sy accoutuma ; dailleurs, elle était si soigneuse de remplir ses
devoirs, que la fermière la prit sous sa protection.
(...)
Extrait n°5
(...)
En courant ainsi de lieu en lieu, il entra dans une sombre allée, au bout de laquelle il
vit une porte fermée. La curiosité lui fit mettre lil à la serrure ; mais
que devint-il en apercevant la princesse si belle et si richement vêtue, quà son
air noble et modeste il la prit pour une divinité ! Limpétuosité du sentiment
quil éprouva dans ce moment laurait porté à enfoncer la porte, sans le
respect que lui inspira cette ravissante personne.
Il sortit avec peine de cette allée sombre et obscure, mais ce fut pour sinformer
qui était la personne qui demeurait dans cette petite chambre.
(...)
Extrait n°6
(...)
Quoi quil en soit, Peau dAne layant vu, ou en ayant beaucoup entendu
parler avec éloge, ravie de pouvoir trouver un moyen dêtre connue, senferma
dans sa chambre, jeta sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, se coiffa de
ses blonds cheveux, mit un beau corset dargent brillant, un jupon pareil, et se mit
à faire le gâteau tant désiré : elle prit de la plus pure farine, des ufs et du
beurre bien frais. En travaillant, soit de dessein ou autrement, une bague quelle
avait au doigt tomba dans la pâte, sy mêla ; et dès que le gâteau fut cuit,
saffublant de son horrible peau, elle donna le gâteau à lofficier, à qui
elle demanda des nouvelles du prince : mais cet homme, ne daignant pas lui répondre,
courut chez le prince lui porter ce gâteau.
(...)
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Et jamais un mari ne fit tant de vacarmes
A louïr sangloter et les nuits et les jours,
On jugea que son deuil ne lui durerait guère,
Et quil pleurait ses défunts Amours
Comme un homme pressé qui veut sortir daffaire.
Le Monarque en pria tous les rois dalentour,
Qui tous brillant de diverses parures,
Quittèrent leurs Etats pour être à ce grand jour.
On en vit arriver des climats de lAurore,
Montés sur de grands Eléphants ;
Il en vint du rivage Maure,
Qui plus noirs et plus laids encore
Faisaient peur aux petits enfants.
Il était une fois un Roi
Le plus grand qui fut sur la terre
Aimable en Paix, terrible en Guerre,
Seul enfin comparable à soi.
Linfante seule était belle
(...)
Le Roi le remarqua lui-même
Et brûlant dun amour extrême
Alla follement saviser
Que pour cette raison il devrait lépouser.
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